On pense souvent à tort qu’interviewer consiste tout bêtement à poser un certain nombre de question.
Spoiler alerte : c’est faux.
Interviewer, c’est déjà savoir poser les bonnes questions, savoir rebondir aux réponses, relancer, chercher plus loin pour trouver l’émotion, laisser vivre un sourire, une hésitation.
L’interview, c’est simuler une conversation pour mettre en confiance, pour dédramatiser cette hiérarchie naturelle de l’intervieweur maitre de l’image et du témoin qui irrémédiablement ne pense qu’à celle qu’il renvoie. C’est appréhender le montage en temps réel, se dire que dans cette phrase de 58 secondes, il y en a 14 qui seront exploitables.
C’est aussi amener à vulgariser, reformuler, pour aller plus loin que la simple question posée. C’est parfois poser 10 fois la même question de manière différente pour obtenir la réponse escomptée.
Interviewer, c’est ne penser qu’au témoin et son histoire pour le mettre en valeur, lui et son récit. Tout en respectant un format, un cadre précis.
Il faut être alerte, hyper concentré, enjoué sans trop de familiarité, et surtout savoir où l’on veut aller. Être présent mais savoir s’effacer.
Bref, interviewer c’est un métier.
Il n’est pas rare de sortir lessivé d’une interview d’à peine 20 minutes.
Lorsque l’intervieweur et le témoin finissent fatigués, mais complices, c’est souvent que l’interview s’est très bien déroulée.
